Rayan





Ma tante  est née le 8 février 1951 à Alger. Cela fait 3 générations que sa famille est installée en Algérie, ses grands parents s'y sont installés dès la fin de la  2e Guerre Mondial. L'Algérie est alors un département français et ce depuis le 11 décembre 1848, date à laquelle la Constitution de 1848 proclame l'Algérie partie intégrante du territoire français. Bône, Oran et Alger deviennent les préfectures de trois départements français (Alger, Oran et Constantine). La France attribue la nationalité française à tous les individus nés en France (l'Algérie fait partie de la France à cette époque), sauf s’ils la refusent dans l’année qui suit leur majorité.
 Ma tante fait partie des « pieds noirs » qui désignent les français d'origine d'Algérie et qui représentent à l'époque  environ 10,4 % de la population vivant en Algérie. 
Elle habite le 6e arrondissement près de l'Eglise Notre-Dame d'Afrique dans le village Saint Eugène avec son père, sa mère et sa sœur de quatre ans son ainée. Sa mère est commerçante et son père travaille dans l'aviation (pour l'armée française). Elle est scolarisée à Alger et étudie avec une majorité d'enfants musulmans. Chaque été elle va rendre visite à sa grand-mère qui vit à Perpignan  et a, contrairement à d'autres français d'Algérie d'origine européenne, l'occasion de connaître la métropole.
 1954, marque le début de la guerre qui oppose principalement le FLN à l'armée française mais également l'Organisation de l'Armée Secrète (OAS) qui est un parti extrémiste français qui veut garder l'Algérie française. Le conflit se double d'une guerre civile, donnant lieu à des vagues successives d'attentats, assassinats et massacres sur le territoire algérien.
Ma tante de part son jeune âge, n'est pas au fait des conflits qui ont lieu dans le pays. Mais dans les années 1958, l'effet de la guerre se fait ressentir : dans la rue avec la présence des militaires français et surtout avec ses camarades de classe, qui relatent des événements dont ils sont plus ou moins directement témoins, créant des tensions entre eux.
Une nuit alors qu'elle sort du cinéma, elle se rend dans un milkbar (un bar qui sert du lait, très à la mode à l'époque). Mais  à peine 5 minutes après sa sortie, le bar explose. Suite à cela et à l'augmentation des attentats, le président de l'époque Charles de Gaulle se rend à Alger, le 4 juin 1958 afin de prononcer un discours qui a pour but de rassurer tous les colons quand à leur avenir en en territoire Algériens. C'est donc depuis le balcon du Gouvernement général, devant la foule réunie sur la place du Forum, que le président prononce la célèbre phrase "Je vous ai compris !". Les pieds noirs pensent y voir une lueur d'espoir mais cela ne s'arrange pas.  Plus les années passent et plus les attentats s'intensifient. Ma tante raconte que le soir avec sa sœur, elles regardaient par la fenêtre les explosions qui avaient lieu à Alger.
En juin 1961, ma tante et sa sœur s'apprêtent à prendre l'avion en vue de rendre visite à leur grand-mère pour les vacances d'été. Mais au moment de monter dans l'avion elles apprennent par leur père que ce voyage sera un aller sans retour. Qu'elles devront rester avec leur grand-mère et .qu’eux resteront à Alger le temps de préparer leur départ. L'annonce est brutale pour ma tante  qui l'a très mal vécu : elle n'aura pas pu dire  au revoir à ses amis et au reste de sa famille. Le voyage est rapide pour Perpignan. Mais l'exil est terrible pour ma tante qui le vit très mal.  Les premières années, elle et sa sœur sont internes dans un collège : loin de leur parents restés en Algérie, loin de ses camarades d'Algérie, loin de  leur grand-mère qu'elles ne voient qu'une fois tous les 15 jours si elles font preuve de bon comportement. Dans le cas contraire, elles ne rentrent qu'une fois par mois. De plus, les pieds noirs sont très mal vus par les métropolitains, ils sont traités "d'envahisseurs"  et sont surnommés : "ceux qui mangent le pain des français".  Le jour de la rentrée, elle doit passer des examens (imposés uniquement aux pieds noirs) : les métropolitains jugeant que le niveau en Algérie devait être trop faible.
Le 5 septembre 1961 le couvre-feu est instauré par un communiqué de la préfecture de police de Paris "Il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs musulmans algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues, et plus particulièrement de 20 h 30 à 5 h 30 du matin." Une patrouille est même formée par des civils français afin de protéger les maisons françaises, certaines familles dont celle de ma tante accueille des soldats français le dimanche midi pour prendre le déjeuner et se reposer.
  En 1962, les parents de ma tante reviennent d'Algérie mais elle reste encore une année interne au collège le temps que ses parents réorganisent leur vie en métropole. Sa mère travaille à présent dans une usine de poupée afin de toucher une aide financière, appelée la reconversion, donnée à tous les pieds noirs travaillant sur le sol français. Son père lui continue de travailler sur le sol algérien pendant quelques années pour le compte d'une une entreprise privée, Thomson.
Et c'est ainsi que se termine le rapatriement de ma tante.  


Nom : Aubert

Prénoms : Monique

Date et lieu de naissance : 8 février 1951

Situation familiale mariée, a deux enfants et est aussi grand-mère

Métiers - Formation (avant/ou après l'exil) écolière

Dates de l'exil : juin 1961
Lieux de départ et d'arrivée Alger                   Perpignan
Pourquoi est-elle partie ? A cause du danger.
Comment a-t-elle voyagé ? En avion
Où est-elle arrivée : En France
 

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